September 2010

La FIOE mène une lutte afin de maintenir les normes interprovinciales Sceau rouge
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Depuis plus d'un demi-siècle, le Sceau rouge représente une norme d'excellence pour les personnes de métiers au Canada, assurant la reconnaissance de leurs compétences et de leur aptitude professionnelle à travers le pays; plus de 50 différents métiers sont désignés Sceau rouge.

La nouvelle tentative du gouvernement fédéral visant à réformer le programme d'évaluation des normes suscite des réactions parmi les métiers de la construction qui sont opposés à une telle réforme craignant que les changements proposés ne visent qu'à diluer le système du Sceau rouge et affaiblir les normes nationales pour les métiers spécialisés.

Depuis plus d'un an, le Conseil canadien des directeurs de l'apprentissage, regroupant des directeurs provinciaux et territoriaux de l'apprentissage, conduit une analyse sur le programme du Sceau rouge. Selon le confrère Barry Stevens qui agit à titre de coordonnateur de l'action politique et de la stratégie médiatique pour le Premier District, les premières recommandations du Conseil parues ce printemps sont plutôt inquiétantes.

Actuellement, les personnes de métier doivent compléter un programme d'apprentissage reconnu et avoir un certificat d'aptitude professionnelle avant de passer un examen écrit pour obtenir la mention « Sceau rouge »; dans la plupart des provinces, cette mention est beaucoup plus difficile à acquérir que la classification de métier habituelle. Toutefois, suite à certaines directives suggérées par le Conseil, d'autres moyens d'évaluation tels que l'habitude de travail, les entrevues orales et les recommandations de l'employeur pourraient être envisagés, en remplacement de l'examen écrit; le confrère Stevens craint que l'application de cette alternative n'ouvre la voie aux entrepreneurs sans scrupules.

« Nous parlons d'un système de classification très vague, qui reposerait en grande partie sur l'évaluation de l'employeur; il serait donc difficile de reconnaître les avantages que procurent le Sceau rouge », dit-il.

Les réformes suggérées par le gouvernement surviennent juste au moment où le programme est en voie de perdre de son influence sur le marché du travail. Avant, le travailleur devait avoir le Sceau rouge pour aller travailler dans une autre province. Mais les changements apportés l'an dernier à la clause sur la mobilité de la main-d'oeuvre dans l'Accord sur le libre-échange interprovincial, permettent à tout travailleur qualifié au titre de compagnon, selon les normes de certification de sa province respective ou de son territoire, de pratiquer son métier partout au Canada, même si ces normes de certification ne sont pas aussi élevées que celles en vigueur dans la province où il travaille.

«Ceci aura pour effet d'exercer une pression à la baisse sur les qualifications car les gouvernements régionaux exigeant des normes plus élevées seront contraints d'accepter des travailleurs n'ayant pas les qualifications et la formation qu'ils exigent », déclare Phil Flemming, Vice-président du Premier District.

Selon les dirigeants syndicaux, une des priorités à l'agenda du Premier Ministre Stephen Harper et des Conservateurs est l'affaiblissement des normes actuelles dans le but de déréglementer le marché du travail, ce qui entraînerait une baisse des salaires et des conditions de travail.

« Je crois que les conservateurs veulent que les travailleurs et les compagnies se battent pour le plus petit dénominateur commun », dit Alex Lolua, directeur en relations publiques et gouvernementales pour le Conseil de la construction de l'Ontario de la FIOE.

« Le programme des travailleurs étrangers temporaires en est un exemple! » ajoute le confrère Stevens. Créé afin de faire face à la pénurie de main-d'œuvre, ce programme permet aux employeurs d'avoir recours à des ressortissants étrangers pour venir travailler à court terme; les critiques se plaignent que ces derniers deviennent ainsi plus vulnérables à l'exploitation.

Dans le bulletin d'information de juillet de la S.L. 353 de Toronto, il écrivait : « Ces mesures avaient été prévues afin de permettre aux employeurs sans scrupules d'amener encore plus de travailleurs étrangers dans le marché, ce qui aurait pour effet de réduire les coûts de la main-d'œuvre au détriment des travailleurs canadiens. »

Des fonctionnaires fédéraux sont d'accord avec son énoncé. La critique du NPD en matière d'immigration, Mme Olivia Chow, a obtenu des documents officiels du Bureau d'Immigration Canada indiquant que le recours aux travailleurs temporaires étrangers a eu un impact négatif sur les salaires et l'emploi.

Gil McGowan, Président de la Fédération du travail de l'Alberta, déclarait dans un communiqué: « Les employeurs se servent des travailleurs temporaires étrangers afin d'abaisser les salaires et les conditions de travail et d'éviter les syndicats légitimes. Nous devrions d'abord nous assurer que les Canadiens ont les qualifications et la formation nécessaire pour profiter des opportunités d'emploi actuelles.»

Les gouvernements anti-travailleurs de l'Ouest canadien ont aussi participé à cette campagne visant à abaisser les normes nationales de travail. C'est le gouvernement libéral de Gordon Campbell, en Colombie-Britannique, qui est allé le plus loin. Dès son arrivée au pouvoir en 2001, son administration a déréglementé la plupart des métiers, supprimant ainsi le certificat de reconnaissance obligatoire pour plusieurs emplois spécialisés.

En 2007, les gouvernements de la Colombie-Britannique et de l'Alberta ont signé l'Accord sur le commerce, les investissements et la mobilité de la main-d'œuvre, une loi sur le commerce selon laquelle plusieurs réglementations provinciales, incluant celle sur les examens de qualification des travailleurs, courent le risque de constituer un obstacle au libre-échange.

Harper et des lobbyistes pour les entreprises ont également fait pression en faveur d'un Accord de libre-échange avec l'Union européenne—l'Accord économique et commercial global Canada-Union européenne—lequel rendrait encore plus difficile le maintien des programmes de formation dans chaque province.

Les dirigeants syndicaux et les entrepreneurs demandent au gouvernement de maintenir la reconnaissance professionnelle actuelle du Sceau rouge et d'en faire le niveau de qualification dans chaque province, comme c'est le cas actuellement en Ontario et dans plusieurs provinces maritimes. Le but de telle requête est d'empêcher l'industrie de la construction d'être inondée par une main-d'œuvre peu qualifiée et facilement exploitable.

« Nous voulons protéger et faire respecter nos normes de certification; elles ne doivent pas être abaissées afin de pouvoir amener des travailleurs étrangers moins qualifiés pour remplir ces postes », affirme Wayne Peppard, Directeur exécutif du Conseil des métiers de la construction de la Colombie-Britannique et du Yukon.

Le confrère Lolua du Conseil de la construction de l'Ontario a souligné le travail du Conseil national des métiers de l'électricité (National Electrical Trade Council)—fondé sur le partenariat syndical patronal entre la FIOE et l'Association canadienne des entrepreneurs électriciens—qui a développé des normes sur la formation nationale en électricité. Ces normes vont encourager la mobilité des travailleurs tout en conservant une main-d'œuvre parfaitement formée et hautement qualifiée.

« Sans la reconnaissance des normes nationales, les travailleurs ainsi que les entrepreneurs seront entraînés dans une spirale descendante infernale », conclut Peppard.